L’appel

Introduction

Nous sommes les confiné·e·s, habitant·e·s de la rue et des quartiers, précaires, prisonniers et personnes âgées sans visiteurs, indépendant·e·s sans activité, comédien·ne·s sans plateaux, élèves et profs sans école, ouvrier·e·s sans usine, sans-papiers, et tous les oubli·é·e·s …

Nous sommes un ensemble composite, les civils en première ligne.
Celles et ceux qui absorbent l’augmentation des flux de patients et des clients, dans les hôpitaux comme dans les supermarchés. Celles et ceux qui accueillent les sans-abris ou qui travaillent dans les champs, celles et ceux qui balaient les rues et qui livrent à domicile, celles et ceux qui tentent de maintenir une activité devenue « non-essentielle », celles et ceux qui ont déjà faim, celles et ceux qui apprécient le ciel sans avion et l’air plus respirable de la ville. Nous avons accepté de nous confiner pour éviter aux soignant.e.s de trier les malades.

Nous sommes la première ligne qui prend sur elle parce que les Politiques ont fait défaut n’envisageant pas plus la venue des tempêtes que celles des épidémies. Or, c’est en se préparant que l’on en prévient les conséquences humaines et sociales. Rien n’a été préparé ou si peu.

Nous refusons dès lors de reprendre demain comme nous nous sommes arrêtés hier. Parce que les réponses ne viendront pas de ce qui a engendré la situation d’aujourd’hui. Parce qu’il faut se saisir de l’instant pour faire advenir autre chose. Parce que l’injonction à la reprise diluera la force et l’évidence de ce que l’arrêt a donné à voir.  Pour cela, nous lançons un premier appel.»

Arguments

Nous vivons l’expérience inédite d’un arrêt mondial et d’un confinement contraint suite à une pandémie virale qui provoque un Syndrome Respiratoire Aigu Sévère (SARS). Le virus appartient à la famille des coronavirus. Il s’agit ici de Sars-CoV2, il cause la maladie dite « covid19 » en référence à son année d’identification (2019) et à son cousin Sars-CoV identifié en 2002 sur le marché d’animaux de Wuhan précisément. A l’époque, grâce à une mobilisation internationale sans précédent, motivée par l’alerte mondiale déclenchée en mars 2003 par l’OMS, l’épidémie avait pu être endiguée par des mesures d’isolement et de quarantaine. Cette fois, la gestion a été plus chaotique, alors que l’alerte avait été donnée par de nombreux virologues et épidémiologistes, exigeant une réaction politique, alors qu’une foule de moyens existent, la réponse unique est le confinement dans l’attente plus ou moins passive que la vague passe, que la courbe s’aplatisse.

En l’absence de matériel de protection, de tests de dépistage, d’informations claires comme de plans d’action cohérents, on impose à l’ensemble de la population de se mobiliser avec pour seul équipement : son corps. Qu’elle risque l’infection lors des soins médicaux, la dépression dans l’isolement, la faillite en fermant boutique ou les violences domestiques, c’est la population qui se trouve catapultée en première ligne de la lutte contre le virus.

Beaucoup d’éléments ont contribué à la situation actuelle. Qu’il s’agisse du désinvestissement progressif dans les systèmes de santé, de la diminution de la biodiversité ou de l’intensification des flux des personnes et des marchés, ces choix découlent de logiques similaires. Il nous semble que l’application des mêmes types schémas conduira au même type de résultats. Il apparaît crucial d’explorer d’autres pistes pour l’après.

L’horizon qui nous porte est la volonté d’œuvrer au développement d’un changement radical de modèle socio-économique et politique, assurant que toutes.se les personnes puissent subvenir aux besoins nécessaires à la vie et ait le pouvoir de prendre part à la question politique, c’est-à-dire au « comment vivre ensemble ».

Il nous apparaît que cet « arrêt » est un moment crucial où des changements puissant vont avoir lieu et qu’il serait possible d’en influencer les lignes directrices.

À l’heure de la distanciation sociale, nous refusons que demain soit une lente reprise d’hier. Nous refusons de nous préparer à vivre dans une société où traçage, confinement, gestion de crise et autre état d’urgence s’affirment définitivement comme seules perceptives. C’est pourquoi nous lançons cet appel, pour se reconnaître, pour se regrouper, pour se saisir du moment et faire émerger quelque chose qui puisse donner forme à ce désir d’un autre demain.

J'adhère à cet Appel. Nous sommes la première ligne.

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